LES IMAGES CONSTELLANTES

Luis Jacob, Ryan Gander, Aurélien Froment, Alexandra Leykauf, Benoit Maire, Jonathan Monk, Sara VanDerBeek
25.06.2015 au 20.09.2015

« Elles sont toutes fausses, délicieusement fausses, ces constellations ! Elles unissent, dans une même figure, des astres totalement étrangers. Entre des points réels, entre des étoiles isolées comme des diamants solitaires, le rêve constellant tire des lignes imaginaires » Gaston Bachelard, l’Air et les Songes

Après le collage, l’archive et l’appropriation, la Villa du Parc consacre son exposition d’été aux pratiques agençant en constellations  des images de nature, de provenance et d’époques diverses. Ces pratiques, apparues au tournant des années 2000, sont contemporaines du développement d’internet qui permet un accès exponentiel aux images et une navigation déhiérarchisée par les moteurs de recherche qui référencent et classent de larges corpus à l’aide de mots-clés. Si des similarités apparaissent entre l’outil technologique (utilisé quotidiennement) et la pratique artistique, le choix des images dans ces œuvres procède d’une sélection et d’une approche sensible et différenciante. Les artistes repèrent certaines images dans une multiplicité de signes et s’emploient à donner du sens et une forme à leur regroupement. Ils travaillent ainsi à transposer, utiliser, redéfinir, s'extraire du flux continu des images avec les formes plastiques, matérielles et souvent tangibles propres à l’art contemporain (tableaux, vidéo, installation etc.)

En astronomie, la constellation est un dessin qui n'a aucune valeur scientifique mais permet d’identifier plus facilement certaines étoiles au milieu de millions d'autres. Ce système est particulièrement adapté à la description de ces pratiques iconographes, qui regroupent selon des biais inattendus des images parfois très distantes et permettent de renouveler la perception et l’intérêt portés à chacune d'entre elles en même temps qu'il offre une alternative aux modes de classifications habituels.

La constellation agit ainsi comme un mode d'apprentissage du regard et de jeu avec les images. Elle privilégie le repérage, la mémorisation, joue des sens cachés de l'image, de ses qualités matérielles ou historiques ou encore permet de rapprocher deux images a priori étrangères par le biais d'une troisième.

L'exposition réunit des œuvres d'artistes qui privilégient des modalités dynamiques et variées d'associations d’images.

Luis Jacob, dans ses « Albums » (depuis 2000, le treizième est créé à l’occasion de cette exposition), rassemble des images qui s’enchainent de manière linéaire, créant un langage de l’image, avec ses propres jeux évoquant la rime, la tonalité, le marabout-bout de ficelle etc. Les jeux et stratégies de mémoire sont au cœur de plusieurs pièces d’Aurélien Froment, dont « La Table de rappel », pièce à jouer avec 96 cartes qui fonctionnent comme un jeu de mémory, exceptée que chaque carte étant différente, les paires ne peuvent être formées que par association à imaginer entre deux images différentes. Sara VanderBeek, dans ses premiers travaux, se sert des images qu’elles collectionne dans des assemblages provisoires qu’elle photographie avant de remettre les images en jeu dans d’autres configurations. Son travail actuel, plus abstrait et épuré, garde la trace de ces associations d’images de différentes cultures et traditions artistiques. Ryan Gander, partant des « Loose Associations », conférences construites sur des digressions et des associations flottantes entre discours scientifique, historique et biographique, a réalisé une série de tableaux intitulées « Associative Templates », où les images attendues sont fragmentaires, manquantes, ou déplacées. Alexandra Leykauf marque un intérêt croisé pour la reproduction et l’architecture, et imagine dans ses œuvres des espaces communs aux deux. Elle a notamment réalisé une série de pièces sur aluminium en volume, à partir d’images anciennes construites selon des règles d’optique et de perspective adaptées à la planéité de l’image. Jonathan Monk, artiste conceptuel et appropriationniste irrévérencieux, envoie depuis plusieurs années à sa galerie des cartes postales d’œuvres d’art, l’ensemble agissant comme un portrait en creux de l’artiste et des œuvres qui l’intéressent et qui sont la matière première de son travail.

Enfin, Benoit Maire, qui inscrit son travail dans une recherche croisée entre la philosophie et l’art, a récemment développé les « conjonctions », objets-images fonctionnant comme autant de relais à la pensée et au développement d’idées.


L'exposition les images constellantes a bénéficié du soutien du Frac Ile-de-France, des galeries Gb agency, Lisson Gallery et Saatchi gallery.

Commissaire : 
Garance Chabert & Aurélien Mole
Aurélien Froment, "Table de rappel", 2008, cartons, verre sérigraphié,collection frac ile-de-France, photographie Aurélien Mole
Aurélien Froment, "Table de rappel", 2008, cartons, verre sérigraphié,collection frac ile-de-France, photographie Aurélien Mole