TOPKNOTS

Nicolas Momein
14.01.2017 au 16.03.2017

A la Villa du Parc, on se prépare depuis un moment à accueillir la nouvelle pièce de Nicolas Momein, une unité de production artisanale de savon fonctionnant in situ et dont on apprivoise lentement termes, spécificités et difficultés : type de cuve, choix de l’huile, prix de la soude, technique à chaud ou à froid, expertise de maître-savonniers, modalités de séchage etc. S’y agrègent des questions plus familières à l’espace artistique, comme la forme de la coulée de savon monochrome, le travail de la découpe, ou encore l’emplacement des sculptures.

Place donc à la saponification, cette réaction chimique au nom ésotérique que Nicolas Momein va ainsi expérimenter comme œuvre d’art processuelle à la Villa du Parc. Cet audacieux projet, mûri de longue date, est la suite logique d’un certain nombre de recherches sur les qualités plastiques des matériaux courants, commencées avec une série de sculptures réalisées en 2012 à partir de savons manufacturés de l’entreprise Provendi[1]. Remontant de l’objet à sa recette, Nicolas expose aujourd’hui dans un contexte exogène le processus de production lui-même, mélange de plusieurs techniques traditionnelles de Marseille, Alep, ou Naplouse, choisies pour leur potentiel sculptural et leur expressivité formelle. La transformation du matériau sera visible en deux temps, de la mise de savon coulée au sol pour le vernissage au séchage des blocs découpés et empilés pendant le reste de l’exposition.

Y aurait-il là, dans l’appropriation des techniques de production, l’étape clé lui permettant de connaître le matériau pour le délier ensuite de son usage ? Quelque chose de l’ordre du « secret de fabrication »[2], ou de « l’âme des objets »[3], comme on a pu lire ici ou là ? Certainement quelque chose qui se joue dans la rencontre du geste et de la matière première, ce savoir-faire de l’artisan ou de l’ingénieur qui modèle et structure la forme de l’objet. Sa conception, ou son ergonomie, dans une langue qu’on voudra au choix métaphysique ou matérialiste.

Autour de cette installation qu’on imagine pour l’heure assez brute et totémique, Nicolas déploie un ensemble de sculptures cousines, de la grande famille des matières tampons, protectrices, rassurantes, conservatrices – savon, caoutchouc, crin animal, cuir, bulgomme, etc. Le sculpteur s’empare de ces substances haptiques, qui sont pour la plupart élastiques, maniables ou accumulables et ont été inventées pour protéger nos peaux, nos maisons, nos tables en bois. Erigées en sculptures improductives, elles déploient des formes insoupçonnées et charmantes.

Quant au titre, après un brainstorming féroce qui démembra divers intitulés possibles – sculptures sans peine, frissons bras mou, tête chaude ou froide, soft arm warm head (plus doux), into the scum etc. – Nicolas s’arrêta sur l’image du chignon haut sur la tête et choisit donc « TopKnots ». J’avoue, on était moyennement convaincu. Mais finalement j’aime bien. Ça m’évoque en vrac un jouet qui tintinnabule, une épingle dans la bouche libérant les doigts qui enroulent des mèches de cheveux, une salle de bains en surchauffe, et même les cris stridents de grand-maman « Arrêtez de vous crêper le chignon où je vais vous passer un sacré savon ». S’il ajoute quelque part une serviette éponge bien tendue, une nappe de bulgomme invasive et du vieux cuir de fauteuil club, il se pourrait bien qu’en redécouvrant ces matières de second plan on en retrouve aussi certains frissons, non ?

Garance Chabert


[1] Il s’est d’abord intéressé aux savons rotatifs et suspendus sur les lavabos d’école, ce jaune ovale au look vintage reconnaissable entre tous. Il les a présentés en ligne, la coque supérieure intacte et la coque inférieure usée par diverses petites mains, objets dès lors catapultés dans une histoire de la sculpture à la fois ready-made et modelée. Avec l’entreprise Provendi qui les produit, il a ensuite réalisé en collaboration avec Corinne Louvet une collection hors-série, pressée dans l’usine, qui modifiait l’échelle, la forme et la texture de l’objet culte. Il apprivoise ainsi le matériau, et les possibilités de transformation qu’il peut lui faire subir.

[2] Camille Azais, « Nicolas Momein, Les Déplaceuses », Dossier de presse de l’exposition de Nicolas Momein à la Gallery White Project à Paris, 2016

[3] Christophe Kihm, « Introducing Nicolas Momein », in Art Press novembre 2013

 

Après des études d’art à l’ESAD de Saint-Etienne et de la HEAD à Genève, Nicolas Momein (né en 1980 à Saint-Etienne) a été invité depuis 2012 dans plusieurs institutions en France, publiques (centres d’art la Galerie de Noisy-le-Sec en 2013, Les Eglises à Chelles en 2015, Micro-Onde à Vélizy-Villacoublay en 2016) et privées (galeries White Project, Bernard Ceysson, Tator) pour des expositions personnelles de son travail. Il a participé à de nombreuses expositions collectives en France et en Europe depuis 2010 : à l’IAC de Villeurbanne, au Magasin à Grenoble, à l’Académie Royale des Beaux-Arts à Bruxelles, au Salon de Montrouge, à la Halle Nord à Genève. Il est actuellement représenté par la galerie Bernard Ceysson.

Plus d'infos : www.nicolasmomein.com

L’exposition Topknots est réalisée grâce au soutien du Fonds Cantonal d’Art Contemporain à Genève et de Provendi à Bons-en-Chablais.
Commissaire : 
Garance Chabert
Nicolas Momein, Le renard, capture vidéo
Nicolas Momein, Le renard, capture vidéo