LE SYNDROME DE BONNARD

Une proposition du collectif Le Bureau/ à partir d’un choix d’œuvres dans les collections du Mamco (Musée d’art moderne et contemporain), Genève Avec FRANCIS BAUDEVIN, JEAN-LUC BLANC, NINA CHILDRESS, VINCENT KOHLER, RENEE LEVI, DIDIER RITTENER, CLAUDE RUTAULT
05.04.2014 au 31.05.2014

On rapporte l’anecdote selon laquelle le peintre Pierre Bonnard (1867-1947), à la fin de sa vie et à plusieurs reprises, aurait tenté de repeindre subrepticement certains détails de ses toiles. Il fut même arrêté par un gardien du Musée du Luxembourg, alors qu’il retouchait une minuscule feuille d’arbre d’un de ses tableaux de jeunesse.

Si la pratique de Bonnard, une peinture de petites touches dont l’équilibre peut sans cesse être rejoué, explique en partie sa disposition à effectuer perpétuellement des modifications, cette histoire pittoresque soulève un lièvre sur les rapports que l’artiste et l’institution entretiennent avec l’œuvre. Ainsi le peintre autrichien Oskar Kokoschka aurait été pris de la même manière en flagrant délit et accusé de « vandalisme » sur une de ses propres toiles. Dans ce cas extrême se confrontent alors deux légitimités : d’un côté le musée qui garantit la conservation de l’œuvre acquise et son inscription dans une collection patrimoniale et un récit historique ; de l’autre, le parcours individuel de l’artiste et la délimitation d’un corpus qu’il définit lui-même à travers ce que l’historien Jean-Marc Poinsot a appelé les récits autorisés.


Partant de ce paradoxe, Le Bureau/ a proposé à certains artistes, dont le Mamco conserve une œuvre, d’en proposer une nouvelle lecture ou une nouvelle version (comme on le dirait pour une œuvre littéraire ou musicale) sans entamer l’intégrité matérielle de l’œuvre originale. L’exposition s’appuie sur la singularité du Mamco, lequel s’est justement construit sur la conception d’un musée en mouvement et en continuel renouvellement, au plus près des artistes et de leur œuvre dont la présentation régulière permet de suivre l’évolution. Elle met en avant l’impermanence d’une œuvre d’art dans le temps et cherche en quelque sorte à prévenir le syndrome de bonnard, en proposant aux artistes de se réapproprier temporairement leurs œuvres.

Quel serait le destin possible d’une pièce que l’artiste souhaiterait exclure ou repenser au sein de son œuvre ? Comment les tâtonnements de la pratique d’atelier peuvent-ils être rééxaminés par l’artiste après l’acquisition ? Comment enfin certaines œuvres peuvent-elles sans cesse être rejouées, réactivées et actualisées ? Ce sont quelques-unes des interrogations auxquelles les sept artistes exposés ont accepté de proposer des réponses.

 


Une proposition du collectif Le Bureau/ à partir d’un choix d’œuvres dans les collections du Mamco (Musée d’art moderne et contemporain)
Le Bureau/ est un collectif de commissaires d’exposition, créé en 2005 et basé à Paris, dont l’objectif est de questionner et d’expérimenter l’exposition comme espace dynamique de transmission.
Le commissariat collectif est un principe fondateur du groupe, la rencontre des compétences et des sensibilités permettant la production de protocoles fondés sur des lectures multiples et relatives de l’œuvre. Le Bureau/ a travaillé dans des institutions comme Kadist Foundation à Paris, le Casino au Luxembourg, la Synagogue de Delme, la Maison Populaire à Montreuil, la galerie Klemms à Berlin, le Frac Franche-Comté etc. Il est composé de Marc Bembekoff, Garance Chabert, Aurélien Mole, Julie Pagnier, Céline Poulin et Emilie Villez.
 

Commissaire : 
Une proposition du collectif Le Bureau/
Fichier attachéTaille
Communiqué de presse / Press release281.05 Ko
Face aux oeuvres955.21 Ko
Entretiens extraits508.54 Ko
Dossier pédagogique989.1 Ko
Nina Childress, « Schönbrunn (postcard) », 2010, huile sur toile, 200 x 300 cm, Mamco, Genève et « Villa Schönbrunn », 2014, acrylique sur kraft, 300 X 630 cm, courtesy de l'artiste, photographie Aurélien Mole
Nina Childress, « Schönbrunn (postcard) », 2010, huile sur toile, 200 x 300 cm, Mamco, Genève et « Villa Schönbrunn », 2014, acrylique sur kraft, 300 X 630 cm, courtesy de l'artiste, photographie Aurélien Mole