LA DIX-HUITIEME PLACE

avec Estefania Peñafiel Loaiza, Thu Van Tran
17.05.2013 au 13.07.2013

La Villa du Parc présente conjointement le travail des artistes Estefanía Peñafiel Loaiza, originaire de Quito en Equateur, et Thu Van Tran, d’Ho-Chi Minh Ville au Vietnam, toutes deux installées à Paris. Nourries par les déplacements, les liens et les intervalles de représentation entre leur culture d’origine et d’adoption, les deux artistes travaillent chacune à sa manière bien singulière sur la mémoire et le souvenir, leur oubli certain et leur résurgence fragmentaire, circulant dans les images et les textes, et explorant diverses possibilités plastiques de traduction et de transmission. Reprenant une expression prétendument brechtienne dont la référence exacte s’est momentanément égarée dans la mémoire de Thu Van Tran, la dix-huitième place réunit des oeuvres qui exposent ce qui d’ordinaire n’existe qu’en toile de fond, à peine apparu, presque déjà disparu : anonymes illustrant les images des quotidiens, flux ininterrompu des vidéos de surveillance aux frontières, chutes de papier dans l’atelier, images évanescentes sur des supports fragiles ou en équilibre.

Estefania Peñafiel Loaiza
Estefania Peñafiel Loaiza construit son oeuvre sur la tension entre le visible et l’invisible, trouvant par des gestes à la grande économie de moyens - effacement, recouvrement, accumulation - des positions politiquement signifiantes face aux images et aux représentations. A la Villa du Parc, l’artiste présente quatre installations autour des figurants, ces anonymes qui servent au cinéma de décor mettant en valeur les stars et les vedettes. sans titre (figurants) dans la grande salle du rez-de-chaussée présente dans une scénographie inédite l’état des lieux actuel d’un projet au long cours et in process sur les anonymes dans les photographies des journaux. Depuis plusieurs années, l’artiste gomme ces figures méticuleusement, le journal exposé gardant la trace de cet effacement. Les rognures de ces images sont conservées dans de petites fioles, ce geste de retrait et de retour à l’invisibilité mettant paradoxalement en valeur et individualisant ces anonymes. Une nouvelle série de photographie intitulée un air d’accueil présente d’autres figures piégées par l’image, celles des immigrants filmés aux frontières par des caméras de surveillance. Ils sont ici rendus par une manipulation photographique à leur volonté initiale de passer inaperçus, sans laisser de traces visibles de leur passage. Ce positionnement subtil, apparemment contradictoire, consistant à effacer pour leur rendre justice ceux dont la surexposition préfigure en fait soit l’arrestation, soit la disparition, se poursuit dans d’autres gestes, comme le recouvrement. sismographies 2. entrenerfs et écorce, sont deux nouvelles sculptures dans lesquelles le livre et le papier, supports d’écriture et de lecture, sont imbibés de cire noire. Reprenant les sons d’ateliers de reliure, Estefania Peñafiel Loaizafait rend visible dans l’installation sismographies le travail souterrain des petites mains s’affairant à la fabrication des livres, tandis qu’écorce, tel une parchemin, laisse libre cours à l’imaginaire de récits à venir.

Thu Van Tran
Le livre et la transcription plastique d’ouvrages à forte connotation oppressive, notamment coloniale, traversent la démarche de Thu Van Tran, qui vient d’achever la traduction libre d’Heart of Darkness de Joseph Conrad, projet qui a donné lieu à un ensemble de pièces nouvelles exposées à la Villa du Parc. Cette traduction, sous le titre Au plus profond du noir s’accompagne de photogrammes, sculptures et textes qui sont autant de variations inspirées par le contact quotidien avec l’écriture et l’univers conradiens. Dans From Green to Orange, l’artiste recouvre de colorant orange des images de végétation tropicale, pour un rendu dense, acide et pictural. Reliée par une suite de digressions à la vie de Conrad, l’éruption volcanique du Mont Pelée en 1903 est représentée à travers une image d’archives dont la reproduction en plusieurs exemplaires est plus ou moins fixée sur le papier, et la sculpture d’une éruption en plâtre, pétrifiant dans la matière la nuée ardente. Presse-papier et Contre-courant, deux oeuvres construites autour de photographies et moulages de l’époque coloniale, complètent cet ensemble, L’impact physique de la lumière, qui filtre, s’infiltre, abîme ou colore images et matériaux est palpable dans la plupart des pièces exposées, invitant à une réflexion métaphorique sur les effets du temps, la transformation des supports étant d’autant plus rapide que le matériau d’origine est fragile. Ainsi de ces affiches bon marché de paysages touristiques, déjà passés au filtre de la représentation exotique, et dont les couleurs déteignent et s’effacent au fur et à mesure de leur exposition au soleil ; ou, dans une veine plus abstraite, de la série des photogrammes Résidus, constitués de chutes de papier photosensibles exposées à la lumière dans l’atelier. Ils sont exposés dans la grande salle du premier étage avec Rejets, des tableaux en volume réalisés à partir des restes de matériaux dans l’atelier, qui sont ainsi portés à la lumière du lieu et du temps d’exposition.
 

Commissaire : 
Garance Chabert
Fichier attachéTaille
Dossier de presse669.18 Ko
Face aux oeuvres519.05 Ko
Dossier pédagogique1.61 Mo
Bibliographie588.53 Ko
Thu Van Tran, "Chinatown", affiches offset, punaises, (224,5 x 209,5 cm), 2013 ; photographie Mauve Serra
Thu Van Tran, "Chinatown", affiches offset, punaises, (224,5 x 209,5 cm), 2013 ; photographie Mauve Serra