JE ME SOUVIENS, MARCELLE...

Gottfried Honegger, Marcelle Cahn
08.10.1999 to 11.12.1999
...Rue Daguerre. On habitait tous les deux en voisins. Ça m'aurait permis d'arriver à l'improviste. Mais voilà, Chère Marcelle, tu voulais être belle, tu voulais recevoir. C'est la raison pour laquelle j'étais obligé de t'annoncer mon arrivée.
Oui, tu étais belle. Tu mettais un peu de rouge sur tes joues. Sur la table il y avait un petit Cointreau. Malgré le modeste atelier dans lequel tu vivais, tu as gardé ta dignité, ta noblesse.
Oui Chère Marcelle, j'étais profondement impressionné par ta présence, par ta force, par ton courage - tu ne trichais pas. Tu justifiais pleinement le mot "artiste". La source de ton art était de transformer le banal en conte de mille et une nuits.
En 1960, j'arrivais de New York où j'étais tenaillé par l'idée du pouvoir. J'avais des gratte-ciel dans mes tripes, j'avais rencontré des toiles sans limites. Les dollars, le succès, la société étaient l'eau dans laquelle je nageais.
Assis face à toi, tu m'as montré que le message de l'art ne passe pas par l'abondance, par le faste. Avec ta voix de poète, tu m'as transformé, tu m'as récupéré et j'ai compris que l'art est le chant de la créature toute nue. Et si on court trop vite, si on fait trop de bruit, on devient sourd, muet et aveugle.
Oui, tu avais compris que l'art officiel s'amuse à mort. Tu avais compris que la vie est un miracle et que l'argent - la comédie humaine, nous rends stériles, nous rends cupides et vides.
 
Les œuvres exposées en ton honneur témoignent que la virtuosité, le talent, les idées, les performances sont de mauvais conseillers pour l'artiste.
Ton œuvre témoigne que l'art est d'abord la colonne vertébrale du créateur et ensuite un miroir pour le regardeur.
Ton œuvre est une lumière dans notre vie quotidienne.